1. D’une tôle abandonnée à une vitrine pointoise : le pari de l'entrepreneuriat local
L’histoire débute en 2011. Lauréat d’un appel à projets lancé sous la mandature de l’ancien directeur du port, M. Martins, Samuel Damo hérite d’un local brut, sans faux plafond ni cuisine aménagée. Enfant de Pointe-à-Pitre — né sur la place de la Victoire —, l’entrepreneur investit lourdement pour réhabiliter le lieu et le hisser au rang de table réputée, fréquentée par les acteurs socio-économiques, les décideurs et les délégations institutionnelles.
Au-delà de son activité de restauration, Samuel Damo rappelle son rôle d'amortisseur dans un centre-ville en pleine dévitalisation. Alors que les artères commerçantes (rues Frébault, Schoelcher, Nozières) voient leurs rideaux tomber et que les services publics quittent le cœur urbain, le Yacht Club a maintenu un pôle d’attractivité sur la Darse. L’exploitant a pallié lui-même les défaillances de salubrité et sécurisé le quai à ses frais, alimentant même pendant plus de dix ans les projecteurs publics extérieurs sur son propre compteur électrique.
2. Travaux destructeurs et crise sanitaire : l’engrenage financier
Le point de rupture ne date pas d'hier. Entre novembre 2017 et l’automne 2018, des travaux d'envergure menés sur les quais bloquent tout accès à l’établissement pendant près de neuf mois. Aucun mécanisme de compensation ni d’accompagnement n’est déployé pour les commerçants du secteur.
À peine l'activité relancée survient l’onde de choc du Covid-19, contraignant le restaurant à une fermeture prolongée jusqu'en juin 2022. Face aux charges domaniales, Samuel Damo sollicite et signe un moratoire d’apurement avec le port. Alors que le gérant affirme, preuves bancaires et comptables à l’appui, avoir honoré ce protocole, la direction du GPMG fait valoir des arriérés locatifs pour justifier la rupture. Pour l’entrepreneur, l'argument financier masque une volonté délibérée de « faire table rase » sur le domaine maritime, à l'image de la démolition passée du restaurant La Canne à Sucre, remplacé par un simple remblai sans projet structurant.
3. Médiation rompue et déficit démocratique : la muraille du directoire
Le dossier met en lumière la mécanique institutionnelle du Grand Port Maritime. Doté d'un président de directoire nommé par décret ministériel à Paris (fonction occupée jusqu'à récemment par Jean-Pierre Chalus), le GPMG dispose de prérogatives exorbitantes face auxquelles les élus locaux membres du conseil de surveillance semblent désarmés. Malgré les interventions et courriers de responsables politiques régionaux et parlementaires guadeloupéens, la direction du port est restée inflexible.
L'épisode de la médiation avortée illustre cette rigidité : alors qu’un médiateur avait été désigné pour renouer le fil du dialogue, le simple fait pour le conseil de Samuel Damo de déposer des conclusions juridictionnelles dans le respect des délais légaux a été qualifié d'« affront » par la direction portuaire, qui a immédiatement claqué la porte des négociations. S’y ajoutent des tensions cycliques lors des éditions de la Route du Rhum (notamment en 2014), où des pressions auraient été exercées pour vider temporairement les lieux au profit d'exploitants éphémères.
4. Une mobilisation citoyenne contre « l'écrasement » des initiatives locales
Face à ce qu’il qualifie d'acharnement administratif, Samuel Damo a choisi de ne plus confiner le débat aux couloirs feutrés de la justice et du port. Refusant de plier le genou pour « éviter que la jeune génération d'entrepreneurs guadeloupéens ne soit condamnée à courber l'échine », le chef d'entreprise a reçu sur place le soutien d'acteurs de la société civile, de collectifs et particulièrement de nombreuses Guadeloupéennes venues faire rempart contre toute tentative d'expulsion expéditive.
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