Logo MyMediaCaraïbes

Îles du Sud : entre flambée des tarifs maritimes et sentiment d'abandon, le coup de gueule de Philippe Bavarday

Par Amadou CLEMENCEPublié le 5 octobre 2026 à 09:44• Mis à jour le 5 octobre 2026 à 09:528MATIN

Invité au micro d’Amadou Clémence dans 8matin sur MMC, Philippe Bavarday, président du Collectif des Îles du Sud, a vivement dénoncé la dérive des prix des liaisons maritimes et ce qu’il qualifie d'« omerta » des autorités. Face aux défaillances de la continuité territoriale et au sentiment d'isolement de Marie-Galante, des Saintes et de La Désirade, il plaide désormais pour un statut sur-mesure et interpelle les acteurs politiques nationaux.

Une double insularité devenue financièrement intenable

Pour les habitants des Îles du Sud, se déplacer vers le « continent » relève désormais du gouffre financier. Philippe Bavarday a dressé un constat chiffré alarmant : les billets dits à tarif réduit (mardi et jeudi) sont passés d'environ 8 euros avant la crise sanitaire à 12 euros, puis à plus de 19 euros aujourd'hui. Quant aux allers-retours standards, ils dépassent fréquemment les 35 euros.

Le président du collectif a mis en perspective cette réalité avec le transport terrestre : là où un trajet en bus de 60 km entre Pointe-à-Pitre et Basse-Terre coûte environ 3 euros par trajet, un voyage maritime de seulement 40 km pour rallier Marie-Galante revient jusqu'à cinq fois plus cher. Un non-sens économique et social qui bafoue, selon lui, l'esprit de la loi LODEOM de 2009 censée garantir une réelle continuité territoriale et compenser les surcoûts de l’insularité.

La gestion locale et l'État sous le feu des critiques

Face à ces augmentations répétées, le responsable associatif pointe du doigt la passivité des compagnies maritimes, mais surtout le silence des décideurs publics. Dénonçant une politique de « la langue de bois et de l’omerta », il n'a pas mâché ses mots à l'encontre de la préfecture, qualifiant l'attitude des services de l'État de « paternaliste » voire de « colonialiste » en raison du manque de considération et de réponses aux multiples alertes transmises.

Philippe Bavarday a également comparé la situation de l’archipel guadeloupéen à celle de la Corse. Dotée de financements bien plus conséquents pour assurer ses liaisons maritimes et aériennes pour environ 250 000 habitants, l’île de beauté illustre, à ses yeux, une disparité de traitement flagrante avec l'outre-mer. Faut-il des crises ouvertes pour que les doléances ultramarines soient enfin prises au sérieux par Paris ?

L'exigence d'un nouveau modèle institutionnel

Face au débat en cours sur l'évolution institutionnelle via l'article 74, le Collectif des Îles du Sud exprime de vives réserves sur un schéma d'autonomie globale qui concentrerait le pouvoir sans protéger les dépendances. Rappelant l’émancipation passée des Îles du Nord (Saint-Martin et Saint-Barthélemy), Philippe Bavarday propose une refonte des relations internes à l’archipel : une logique d'« États associés » — à l'image du modèle de Trinité-et-Tobago — garantissant à chaque île (Marie-Galante, Terre-de-Haut, Terre-de-Bas, La Désirade) une représentation automatique et pérenne dans les assemblées décisionnelles.

Bien décidé à faire entendre cette voix singulière, le collectif annonce son intention de peser directement sur la prochaine campagne présidentielle, avec l'exigence d'une circonscription et d'un député dédié aux Îles du Sud.

En conclusion :

Vers une rupture définitive au sein de l'archipel ? Alors que la pression sur le pouvoir d'achat étouffe le quotidien des usagers de Marie-Galante, des Saintes et de La Désirade, l'État et les exécutifs locaux sauront-ils rompre le silence pour imposer une équité tarifaire durable, ou laisseront-ils ce sentiment de mise à l'écart alimenter une fracture territoriale et institutionnelle irréversible au cœur de la Guadeloupe ?

📱 MMC en Direct sur WhatsApp !

Rejoignez notre chaîne officielle pour recevoir nos alertes infos exclusives et l'actualité des Caraïbes en temps réel.

Rejoindre notre chaîne WhatsApp
Thématiques :

Sélection d'articles recommandés pour prolonger votre lecture

La ville du Gosier face à son destin politique tumultueux : après l’annulation du scrutin, vers un duel Hotin-Keeter ou une opposition encore dispersée ?
Politique
7 oct. 2026

La ville du Gosier face à son destin politique tumultueux : après l’annulation du scrutin, vers un duel Hotin-Keeter ou une opposition encore dispersée ?

Frappée par une instabilité institutionnelle chronique depuis plus de deux ans, la commune du Gosier replonge dans une tourmente électorale majeure. Le 7 octobre 2026, le tribunal administratif de Basse-Terre a prononcé l’annulation intégrale des élections municipales et communautaires des 15 et 22 mars 2026, invalidant la courte victoire de Michel Hotin. Un verdict aux répercussions d'autant plus retentissantes que Michel Hotin occupe également la présidence de la Communauté d'agglomération La Riviera du Levant (CARL). Entre promotions d'agents jugées clientélistes, affichage sauvage et entorses à la neutralité républicaine, retour sur les dessous d’une décision juridique explosive qui ébranle la troisième ville de Guadeloupe et son intercommunalité.

Lire l'article
Billets d'avion en Outre-mer : le député Jiovanny William veut briser la flambée des prix et l'« assignation à résidence »
Politique
7 oct. 2026

Billets d'avion en Outre-mer : le député Jiovanny William veut briser la flambée des prix et l'« assignation à résidence »

Face à des tarifs aériens en hausse de 45 % depuis 2019 et des taxes qui étouffent la mobilité des Ultramarins, le député de la Martinique Jiovanny William a remis un rapport très attendu contenant 14 propositions concrètes pour réformer le ciel d'Outre-mer. Invité au micro de MyMediaCaraïbes (MMC), le parlementaire décrypte sans détour les blocages actuels, dénonce les inégalités criantes de traitement avec la Corse et détaille les leviers d'action d'urgence pour rendre les billets enfin accessibles à tous

Lire l'article
« Ne me parlez pas créole » : derrière la maladresse préfectorale, l’aporie des rapports entre l’État et la Guadeloupe
Politique
30 sept. 2026

« Ne me parlez pas créole » : derrière la maladresse préfectorale, l’aporie des rapports entre l’État et la Guadeloupe

La séquence a fait le tour des réseaux et des rédactions : un préfet demandant à un marin-pêcheur de ne pas lui parler créole par « souci de respect », avant de faire publiquement amende honorable face à l'émoi général. Mais cet échange n’est-il que le symptôme d’un vieux réflexe d’appareil ? Au-delà du buzz, l’incident interroge la fragilité persistante du lien entre le corps préfectoral et les Guadeloupéens, tout en mettant en lumière la relation éminemment complexe et singulière que notre territoire entretient avec l’État républicain.

Lire l'article
Crise de l’eau en Guadeloupe : et si l’idée d’Ary Chalus de mobiliser tous les artisans-plombiers était la bonne ?
Décryptage
19 sept. 2026

Crise de l’eau en Guadeloupe : et si l’idée d’Ary Chalus de mobiliser tous les artisans-plombiers était la bonne ?

Alors que le réseau d’eau guadeloupéen continue de perdre la moitié de son débit dans la nature pendant que les robinets s'assèchent, le président de Région Ary Chalus a avancé une proposition sur le plateau de Canal 10 : confier la résorption immédiate des fuites aux artisans-plombiers locaux via des bons de commande directs, adossés à un apurement de leurs dettes fiscales par la DRFiP. Entre bon sens opérationnel, contournement assumé du Code de la commande publique et réalité du terrain hydraulique, que vaut réellement cette idée ? Analyse d'une alternative qui bouscule l'orthodoxie administrative.

Lire l'article
Affaire du Yacht Club : l’union sacrée du monde économique et social pour sauver l’entrepreneuriat guadeloupéen
Société
19 sept. 2026

Affaire du Yacht Club : l’union sacrée du monde économique et social pour sauver l’entrepreneuriat guadeloupéen

Après avoir brisé un silence de quinze ans au micro de MyMediaCaraïbes, Samuel Damo, gérant du Yacht Club menacé d’éviction par le Grand Port Maritime de la Guadeloupe (GPMG), a réuni ce vendredi 18 septembre 2026 une conférence de presse sur les quais de Pointe-à-Pitre. Loin d’un combat isolé, l'affaire a pris une dimension territoriale majeure : le SNEG, la FRBTP, les représentants des marins-pêcheurs et le LCDM ont fait front commun pour dénoncer l'écrasement des initiatives locales et réclamer le droit pour les Guadeloupéens d'entreprendre sur leur propre sol.

Lire l'article

Réactions des abonnés

Commentaires (0)

Espace discussion réservé

Connectez-vous avec votre e-mail d'abonné MMC+ pour réagir et participer au débat.

Se connecter

Fil Info en direct

Chargement du sondage...

MMC+ L'Expérience Premium

Accédez à toutes nos archives et enquêtes exclusives sans publicité.

Découvrir