Un tissu économique au bord du gouffre
Le constat d'ouverture dressé par Amadou Clémence donne le vertige : plus de 615 défaillances d’entreprises recensées en douze mois, une hausse de près de 30 % des faillites en Guadeloupe et une soixantaine de dirigeants convoqués chaque mois devant le tribunal mixte de commerce. C’est dans ce climat économique étouffant qu'Élie Domota (LKP) a récemment fustigé une « fraude sociale massive », qualifiant certains patrons de « voleurs » détournant les cotisations destinées aux hôpitaux et aux retraites.
Face à ces propos, Marie-Chantale Mayoute Duflo — forte de son parcours de dirigeante débuté en 1996 et de son engagement au sein de l’UCSEG (Union des chefs d’entreprise de la Guadeloupe) depuis la crise de 2009 — a tenu à « remettre l’église au centre du village ». Pour elle, jeter l'opprobre sur les petits patrons relève d'une fausse querelle :
« Payer les salaires à des collaborateurs, pères et mères de famille, devient la priorité des priorités. C'est une conscience humaine et sociale. Nous avons les mêmes besoins que nos salariés. L’entreprise est l’outil qui évite le chômage. Si elle ferme, il ne reste qu'à aller pointer. »
Refusant l'amalgame entre fraude délibérée et arbitrages vitaux de trésorerie, elle rappelle que le chef d'entreprise locale se retrouve bien souvent le dernier payé pour tenter de maintenir l'outil de production à flot.
Sortir de l'opposition stérile et cibler les vraies causes
Au-delà de la réponse syndicale, Marie-Chantale Mayoute Duflo élargit le débat au malaise profond qui paralyse l'archipel. Interrogée sur les blocages et les actions menées par le collectif citoyen Nou Las Palé, elle ne tourne pas autour du pot : elle leur donne raison.
Selon elle, les manifestants et les chefs de petites entreprises partagent en réalité le même combat face à un État sourd et des élus déconnectés :
- Le désengagement de l’État : Une dégradation constante des services publics et un matraquage de taxes qui frappent la population et les petits commerces, pendant que les grands monopoles continuent de prospérer.
- La frilosité des élus locaux : Des responsables politiques accusés de « jouer petit bras », de protéger leurs mandats et de se cacher derrière l'argument de l'État central au lieu de bâtir un véritable protectionnisme économique caribéen.
- L’erreur du mépris : Pour la dirigeante, le préfet et les autorités commettent une faute lourde en refusant d'écouter les collectifs de la rue et les syndicats non alignés sur les standards de l'Hexagone.
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