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La Désirade face à son destin : Loïc Tonton sans fard sur les sargasses, la gouvernance et le modèle insulaire

Par Amadou CLEMENCEPublié le 15 septembre 2026 à 11:48• Mis à jour le 15 septembre 2026 à 11:58MTPT (MARIO TOUPATOU)

Au micro de Mario Lembert pour MyMediaCaraïbes, le maire de La Désirade, Loïc Tonton, livre un état des lieux sans détour des réalités de son île. De la recomposition politique à la CARL au réaménagement vital du port face aux sargasses, en passant par la gestion durable de la pêche et le rejet catégorique d'un tourisme de masse, l'élu revendique un pragmatisme de terrain et une vision résolument tournée vers la préservation de son territoire.

Intercommunalité et politique : « Savoir accepter la démocratie »

L'échange s'ouvre d'emblée sur l'actualité institutionnelle et la perte de la présidence de l’Office de Tourisme Intercommunal (OTI) au profit de Farouck Célini. Loin de toute amertume, Loïc Tonton rappelle les règles du jeu démocratique et la réalité mathématique des équilibres au sein de la Communauté d'Agglomération la Riviéra du Levant (CARL) : avec un seul représentant communautaire face au poids démographique de communes comme Le Gosier ou Sainte-Anne, La Désirade doit composer avec intelligence.

Revenant également sur sa légitimité municipale acquise en 2020 face aux critiques d'élections serrées, le maire balaie l'idée d'un conflit fratricide persistant. Pour lui, la page des rancœurs est tournée : le travail partenarial prime, que ce soit avec le Conseil départemental présidé par Guy Losbar ou la Région d’Ary Chalus.

Chantiers, eau et sargasses : le défi des réalités insulaires

Interrogé sur le retard de livraison de la nouvelle mairie et de la salle des fêtes, Loïc Tonton détaille sans détours les contraintes matérielles : un projet hérité, lancé en pleine crise Covid, confronté à deux vagues successives d’inflation et à de laborieuses négociations d'avenants avec les entreprises de BTP. Un chantier complexe désormais sur le point d'aboutir pour offrir un service digne aux administrés.

Sur la question sensible de l'eau, l'élu refuse toute démagogie. Si l’île subit, comme le reste de l’archipel, les défaillances du réseau géré par le SMGEAG, elle bénéficie d'un château d'eau amortissant les coupures. Un élu référent municipal dédié fait désormais le pont quotidien avec l'opérateur pour défendre les usagers désiradiens.

Le dossier le plus critique reste toutefois celui des sargasses. Face aux critiques sur l'efficacité des filets et des barrages, Loïc Tonton assume un discours de vérité : « Dire à la population qu'on peut stopper totalement les sargasses par magie, ce serait mentir. » Si le Sargator permet de nettoyer les échouements modérés, les marées massives submergent tout dispositif. Pour le maire, la seule réponse durable passe par une refonte structurelle complète du port de Beauséjour — à l’image du bassin abrité de Grand-Bourg à Marie-Galante — afin de compartimenter plaisance, fret et pêche tout en créant une véritable digue de protection.

Économie bleue et écotourisme : préserver l'âme désiradienne

Lui-même ayant repris la mer comme marin-pêcheur en parallèle de son mandat pour assurer son autonomie professionnelle, Loïc Tonton rappelle avec fierté que La Désirade demeure le premier port de pêche de Guadeloupe, tant par sa flottille que par ses volumes de débarquement. Face aux réglementations récentes et aux périodes de fermeture (notamment sur le poisson-perroquet ou les mérous), il défend la nécessité de sauvegarder la ressource pour les générations futures, tout en exigeant une concertation étroite avec le Comité régional des pêches.

Cette volonté de préservation guide également sa politique d’attractivité. Confronté à l'hypothèse de navires déversant des centaines de passagers par rotation, Loïc Tonton tranche net : La Désirade ne bradera pas son écosystème pour un tourisme de masse consommateur d'espace et générateur de déchets. Le cap est fixé sur un écotourisme choisi, à forte valeur ajoutée locale, qui fait vivre directement les gîtes, les restaurateurs et les artisans locaux dans le respect de l'identité de l'île.

En conclusion :

En assumant un discours de vérité sur les limites techniques face aux sargasses et en verrouillant la porte au tourisme de masse pour privilégier un développement raisonné, Loïc Tonton esquisse une trajectoire singulière pour La Désirade. Mais dans une Caraïbe en pleine mutation économique et institutionnelle, les petits territoires insulaires parviendront-ils durablement à faire entendre leur singularité sans dépendre des arbitrages politiques des grands centres de décision ?

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